Sélectionner une page

Après avoir quitté Jacques et Monique à Autigny, je continuai mon camino à travers une belle campagne verdoyante longeant des fermes. Les fermiers y avaient aménagé des petits coins ombragés pour que les pèlerins puissent se désaltérer. J’arrivai ensuite au Moulin, endroit où un artiste s’était établi, laissant deviner ses œuvres aux promeneurs devant et autour de sa grande maison. Ses œuvres se composaient de différentes sculptures en pierre, béton, métal me laissant entrer dans son univers assez délirant. Plus loin j’arrivai sur la commune de Chavannes-sous-Orsonnens où les cultures de blé, de mais et de pommes de terre accompagnèrent ma route, route qui devenait à nouveau très dure, bitumeuse et chaude, me faisant sentir à nouveau les douleurs que j’avais presque oubliées. Mes pieds souffraient à nouveau… et regardant mes documents, je devinai que la route bitumée serait ma compagne jusqu’à Romont …à mon grand désespoir. Longeant une ferme, je rencontrai une femme qui me proposa de m’asseoir un moment à l’ombre sur les bancs longeant sa propriété. Elle mit quelques coussins sur les bancs et me proposa de remplir ma bouteille d’eau. Je la remerciai et elle me dit en souriant que cela lui faisait plaisir et que je pouvais rester là autant de temps que je le désirais. Elle me dit qu’elle avait l’habitude de voir passer des pèlerins et qu’avec la chaleur qu’il faisait ces temps elle proposait l’ombre de sa maison pour y faire des pauses. Très charmante attention me dis-je. Je fus vraiment surpris en bien tout au long de mon périple par autant de gentillesse de la part des gens que je rencontrai sur mon chemin, autant des habitants que des pèlerins eux-mêmes. Après avoir profité de cet ombrage bienvenu et ma bouteille remplie à nouveau, je remis mon sac sur le dos et j’empoignai mes bâtons, je remerciai la femme et je repris ma compagne, la route, qui elle n’avait pas profité de ce moment d’ombrage. Une bonne heure de marche après, j’arrivai dans la campagne de Romont en me disant « ouf j’arrive enfin », mais je n’étais pas encore arrivé, je venais juste de rentrer dans la campagne romontoise. J’avais encore 45 minutes de marche à faire jusqu’à la ville de Romont elle-même. Je pris mon courage à deux mains et sillonnant la campagne, je vis apparaître gentiment au loin la citadelle de Romont, jonchée sur sa colline, son église la culminant… J’essayai de longer la route dans le peu de centimètre d’herbe présents afin de soulager mes pas et surtout mes pieds, jusqu’à arriver petit à petit à la hauteur de l’abbaye cistercienne de la Fille-Dieu qui était malheureusement fermée aux pèlerins qui voulaient s’y loger ces jours car de nombreux travaux y étaient effectués.

« L’abbaye de la Fille-Dieu » a été fondée en 1268. Elle abrite une communauté de 15 moniales vivant sous la Règle de Saint Benoit. La journée se partage en un bel équilibre de vie : prière chorale, lectio divina, travail, dans un climat fraternel de silence et de simplicité. Sept fois par jour, une fois la nuit, les moniales se rassemblent pour chanter la louange de Dieu et pour prier pour le monde. Il y a quelques années, Philippe Stark, architecte et designer de renom, a été mandaté pour créer de nouveaux vitraux pour l’abbaye de la Fille-Dieu.

Comme mes hôtes de ce soir et cette nuit habitaient juste à côté, je me dis que je visiterai ce lieu le lendemain matin à mon départ. Aussi je me réjouissais de demain pour voir les œuvres de Philippe Stark dans ce très bel endroit.

Un petit sentier quittant l’abbaye m’amena directement à mes hôtes, Thierry, laitier-fromager et de son épouse Christelle avec leur fille Clara, propriétaires de la « Romontoise ». Si vous aimez le très bon fromage (gruyères, vacherins et autres magnifiques fromages) et notamment la fondue moitié-moitié, cette adresse est pour vous !

En arrivant devant le Romontoise, Christelle était là dehors avec Clara, toutes deux souriantes, me voyant arriver avec ma tenue de pèlerin. Christelle me fit rentrer dans le magasin où Thierry, muni de sa cape et son bonnet de super héros fromager et sa mère me souhaitèrent tous les deux la bienvenue avec un grand sourire. Dans la boutique, un couple d’américains d’une cinquantaine d’année me salua, m’expliquant qu’ils avaient fait le Chemin de Compostelle à travers l’Espagne. Après notre petite discussion sur le camino, Christelle m’indiqua de monter à l’étage de la laiterie afin de me proposer un petit apéro et me montrer où j’allais passer la nuit. Après avoir déposé mes affaires, je me réjouis d’enfin enlever mes grosses chaussures de montagne, prendre une bonne douche, m’habiller plus légèrement, enfiler ma paire de tongues et passer un moment dans la véranda avec Christelle et Clara à discuter en attendant Thierry qui finissait son dur travail de la journée.

Christelle s’attelant à la préparation du repas du soir, je restai seul avec Clara dans la Véranda et je lui mis autour du coup une coquille St-Jacques sous les rires de son père qui venait de rentrer. Une digne petite femme pèlerin, lui disais-je et nous rigolions… Après avoir passé un super moment de discussion dans la véranda, nous rentrâmes pour nous mettre à table et manger tous autour d’une grande table en bois massif avec la petite Clara en bout de table, toute souriante. Nous passâmes un magnifique moment, là, tous ensemble. Une fois le repas terminé et la petite Clara couchée, nous continuâmes encore la soirée avec Thierry et Christelle avec un petit digestif avant de regagner chacun nos chambres. Je les remerciai de leur accueil et de cette magnifique soirée et de ce repas passés ensemble.