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Lors de mon étape à Moudon, j’en profitai pour reprendre les informations que m’avaient laissé mes amis et compagnons pour ma prochaine étape à bien trois heures d’ici. Me remettant en route, je pris mon téléphone et appelai pour réserver un lit. La personne au téléphone me dit que malheureusement ils étaient complets et elle me donna les coordonnées d’une autre personne située à une heure trente après eux. Je l’en remerciai et alors que je quittai la conversation, le désespoir me gagna à l’idée de faire encore 4h00 de route supplémentaire alors qu’il était déjà 15h00 !!! Je cherchai à trouver dans la région quelque endroit où trouver refuge tout en grimpant dans la vieille ville de Moudon, mais sans succès… Fallait-il que je rebrousse chemin pour revenir à un bed & breakfast vu une heure avant mon entrée à Moudon, ou devrai-je quand même tenter ces 4h40 de marche supplémentaire !? Je peux vous dire que la chaleur, mes pieds et la distance me projetaient dans un sacré questionnement… Arrivé en haut de la vieille ville, je me posai sur un banc alors que la vallée s’offrait à moi. Je pris mon visage entre mes mains, fermai les yeux un instant et me détendis l’instant de 5 minutes, me vidant ainsi de ce questionnement et de ce désespoir, jusqu’à retrouver la paix. Après cet instant d’une grande richesse, je pris mon téléphone et d’un geste sûr, je composai le numéro que l’on m’avait donné et je réservai un lit à Ecorcheboeuf sur Carrouge, je mis de l’eau sur mon visage, je remis mon sac à dos et à l’aide de mes bâtons je me remis à marcher. La confiance et le courage étaient revenus et au fond de moi je me dis qu’il ne fallait pas penser au temps qu’il me restait à marcher mais au but que je m’étais fixé, de finir la traversée de la Suisse dans le temps qui m’était imparti.

Alors que je redescendais de la vieille ville de Moudon, je m’enfonçai dans de jolies petites ruelles qui m’amenèrent tout doucement en plaine par le chemin de St-Jacques, retrouvant les berges de la Broye en direction de Mézieres sur Vaud, pour arriver sur une lisière de forêt où des champs se succédant les uns aux autres avaient été moissonnés pour laisser passer les pèlerins comme moi en recherche de leur camino. Arrivant à Syens, les champs me menèrent à un petit sentier de forêt entouré d’herbes hautes et d’orties qui ne m’invitaient pas à le quitter pour arriver enfin à Vucherens où j’avais rejoint mes compagnons par le passé (voir chapitre 018). La campagne de Vucherens était grande et très vallonnée, passant par des champs, clairières, sentiers, chemins et routes sur toute son étendue, mais heureusement pour la plupart à l’ombre, jusqu’à arriver sur Carrouge (VD) où une longue route bitumée sous le soleil m’attendait, route du nom de « Route de la Main de Fer » que je rebaptisai « Route du Pied de Fer » en éclatant de rire… ce qui était en fait loin d’être drôle, je peux vous l’assurer… Mon pas était si décidé, mon esprit si concentré et mes poings si serrés que les 4h00 de marche qui étaient annoncées s’étaient résumées à 3h30 à mon grand étonnement.

J’étais épuisé alors que j’arrivai gentiment à ma 13 ème étape à Ecorcheboeuf sur Carrouge dans une maison étrange du nom de « JayKay » au milieu du Jorat.

« JayKay » est un espace au sein d’une ferme, regroupant une galerie d’Art et des activités, tels que yoga, danse, théâtre, cours privés, réunions et événements, tous sous le même toit, pour les habitants de la région. Cette ferme offre des possibilités d’hébergement pour des touristes et pèlerins. Karen, la maîtresse des lieux, qui vit là avec son mari Jay, artiste, concoctes des produits du terroir directement du jardin pour le plus grand bonheur de ses convives.

A mon arrivée, Karen m’accueillit avec un grand sourire et me voyant légèrement boiter, m’invita à enlever mes chaussures et tout en rapprochant une chaise d’un grand bassin d’eau dans une petite pièce attenante à la ferme, me fit signe de m’asseoir tout en me disant de plonger mes pieds dans l’eau. C’était l’eau d’une source et au contact de mes orteils avec l’eau, je peux vous dire qu’elle était fraiche… Je laissai mes pieds se détendre dans la source fraîche quelques instants et les enlevai une dizaine de minutes plus tard car c’était vraiment très froid. « Quel bien ce fut » me disais-je en les séchant et en enfilant ma paire de tongues sorties de mon grand sac. Karen me fit signe ensuite de m’asseoir dans une grande baignoire découpée en son flanc et munie de grands coussins, la transformant ainsi en canapé et me demanda ce que je voulais boire. Cela faisait du bien d’être aux petits soins après ma course contre la montre de cet après-midi. Alors qu’elle m’avait amené ma boisson, Karen me dit qu’un cours devait se terminer dans quelques minutes avant que je ne puisse accéder à ma chambre. Aussi j’en profitai pour discuter quelques instants avec elle afin de mieux connaître mon hôte et les nombreuses œuvres qui ornaient toute l’entrée et l’extérieur de la ferme et qui étaient posées à même le sol… Quelques minutes après, elle me proposa de nous tutoyer car le courant passait bien et nous continuâmes à discuter d’Art et du chemin… jusqu’à ce que les premières personnes du cours se mirent à sortir de la ferme nous saluant à tour de rôle. Quand tout le monde fut parti, elle me proposa de la suivre afin de me montrer ma chambre tout en m’expliquant tous les lieux de la ferme-galerie-espace, les expositions en cours et les artistes exposés. Montant un large escalier nous arrivâmes dans une grande pièce où s’était déroulé le dernier cours et où une odeur d’huile essentielle planait, ce qui était très agréable. Un grand rideau séparait la grande pièce d’une estrade de théâtre et en écartant ce dernier je découvris quelques lits sur les côtés disposés là pour accueillir quelques pèlerins et touristes de passage. Karen me dit de prendre le lit de mon choix. Je déposai mon sac sur le lit choisi et elle me montra où se trouvaient la salle-de-bains et les toilettes. Quelques chambres privatives étaient également à disposition pour des touristes en quête de plus d’intimité. Après cette visite, je décidai de retrouver ma baignoire-canapé afin de me relaxer encore un moment avant de découvrir pour mon repas les produits du terroir que Karen avait concoctés.

Alors que la nuit pointait le bout de son nez, je me dirigeai vers la grande salle-à manger où un couple de touristes étrangers mangeait en silence. Je me mis de mon côté et tout en leur souhaitant un bon appétit, je rentrai également dans ce moment de silence qui me fit le plus grand bien, tout en me régalant des produits de la ferme… Après mon repas et ma journée de 9h de marche, je décidai d’aller me prendre une bonne douche et de me plonger dans mon lit sur cet estrade de théâtre… Je ne fis pas long feu à m’endormir !