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Durant la nuit je me réveillai pour replacer la paille qui faisait défaut à mon dos. Une fois cela fait, je me rendormis comme un agneau, pour me réveiller à 07h00 avec mes compagnons. Notre première expérience dans la paille sur le « camino » était faite ! Nous nous réveillâmes de cette première expérience et mon regard se posa directement sur mes voisins afin de voir quelle était l’expression de leur visage. Il était tout pareil au mien: tous avaient un grand sourire, heureux d’avoir fait ce voyage au pays des rêves dans une botte de paille…

Après avoir roulé nos sacs de couchage, nous secouâmes énergiquement les couvertures afin d’enlever les brins de paille encore collés, remis la paille de nos « lits » en forme et nous préparâmes nos affaires après une bonne douche à la ferme. Entretemps, la femme d’hier et son fils amenèrent le petit-déjeuner qu’ils posèrent sur la grande charrue qui faisait office de grande table. Nous fûmes surpris de voir un petit-déjeuner aussi complet et si appétissant. On se disait même que le petit déjeuner ressemblait presque à celui d’un grand hôtel tellement il était varié et succulent. Nous nous sommes mis à table et avons regardé les horaires de notre bateau de ce matin. Ce « petit » déjeuner fait et nous prêts, nous reprîmes nos jambes et nous remîmes en marche pour le port de Brunnen. Le temps était couvert et quelques gouttes de pluie tombaient, ce qui ne nous perturba pas le moins du monde.

Arrivés au port de Brunnen, nous allâmes acheter nos billets pour notre petite traversée d’une escale, billet qui nous coûta la modique somme de 6 francs pour nous faire atteindre le rivage en face de Brunnen, Treib, dans le canton de Nidwald! En attendant le bateau, nous profitâmes de cette dernière vue sur les montagnes de la veille. Le lac était turbulent et le ciel était gris mais la vue toujours aussi belle… Le son du sifflet du bateau retentit au loin et le voilà, arrivant à quai pour nous accueillir, pendant que les nuages, eux, s’entrouvraient pour laisser le ciel bleu apparaître. Après avoir noué les grosses cordes aux bites d’amarrage, l’équipage du bateau hissa la passerelle pour nous permettre d’aborder. Une fois montés à bord, notre réflexe fut de nous déplacer sur le pont du bateau afin d’observer le paysage que nous laissions derrière nous. Ce ne fut pas une mince affaire car le bateau tanguait sur les vagues déchaînées ce qui nous faisait marcher comme si nous avions bu un verre de trop (sourire). Une fois installés, nous fûmes admiratifs du paysage qui s’offrait à nous.

Le voyage ne dura que 5-10 minutes et déjà le sifflet retentit afin d’annoncer notre arrivée à Treib. Ce fut un plaisir de se faire porter jusque là, en sachant que notre journée allait être assez dure. Effectivement, cette étape est une des plus dure de Via Jacobi car elle allait nous fait parcourir des chemins de montagne escarpés et des descentes assez raides selon les divers livres. Comme nous étions maintenant soudés, nous avions cette « énergie de groupe » que l’on retrouve dans certaines courses à pieds ou marathons, énergie qui nous portait et nous donnait du courage pour avancer! Une fois débarqués sur notre nouveau canton, nous ne tardâmes pas à grimper sur une route bétonnée, tandis que le bateau repartit, continuant sa route vers de nouveaux ports, passant du canton de Schwytz à celui de Nidwald, Lucerne et Uri.

Le lac des Quatre Cantons est un des lacs offrant une des plus grandes diversités de paysages. C’est un lac glaciaire de Suisse centrale qui mesure 38 kilomètres de long et atteind 214 mètres de profondeur. Son nom provient de « Waldstätten », expression en suisse-allemand qui désigne les 3 cantons primitifs de la Suisse: Uri, Schwytz et Nidwald, rejoignant le canton de Lucerne. Avant le XVIème siècle, le lac se nommait « Lac de Lucerne ». A la fin de la dernière période glaciaire, il y a 12000 ans, le glacier de la Reuss se retira, laissant se former le fameux lac.

Notre ascension commença en direction de Emmetten en passant par une campagne d’alpage magnifiquement vallonnée. Le vent soufflait très fort mais par chance, nous l’avions dans le dos, ce qui favorisa notre montée, la rendant moins pénible et il permit également de dégager petit à petit le ciel pour nous offrir de beaux rayons de soleil. Nous croisâmes quelques fermes qui nous montraient que nous étions bien sur le camino: on pouvait y acheter de petits anges en plâtre confectionnés par les paysans pour les pèlerins de passage. Le lac nous accompagnait tout le long de notre marche, paraissant de plus en plus petit au fur et à mesure de notre montée et nous permettant de distinguer ses jolis abords. Les arbres, apparemment habitués au vent turbulent, avaient pris des positions penchées alors que l’herbe était comme coiffée. Après une bonne heure de marche, nous arrivâmes sur une bute nous permettant d’admirer le paysage. Une route bétonnée nous invitait à descendre quelques minutes côte à côte avant d’arriver à l’entrée d’une forêt nous obligeant à nous remettre en file indienne sur un chemin assez étroit, bordé d’arbres fins et très hauts, cachant le ciel mais nous laissant la vue sur le lac. La voie pédestre de Via Jacobi était la même que celle que vous pouvez entreprendre à vélo, ce qui nous fit quelques surprises. A un moment donné, en arrivant à un virage sans vue, nous entendîmes un hurlement qui disait « Achtung » et au son de ce hurlement nous sûmes que quelqu’un approchait à grande vitesse et nous nous collâmes contre la paroi d’un rocher: un homme en vélo dévalait la pente à une bonne vitesse sur ce petit chemin de terre très étroit… Je crois que l’on s’est tous dit en même temps qu’il était fou (ha ha ha). Juste après ce croisement en éclair, nous arrivâmes sur une dalle de rocher suffisamment grande pour nous accueillir tous et nous permettre une petite pause avec un dégagement magnifique sur Brunnen de plus en plus haut. Les maisons et les bateaux semblaient déjà ressembler à des têtes d’épingles…

Après notre petite pause bien méritée dans le rire et la bonne humeur, nous reprîmes notre camino et nous élançâmes, d’après les panneaux qui s’offraient à nous, dans un chemin de montagne: marquage blanc-rouge-blanc, et la pente nous fit très vite remarquer que ce n’était pas un gag (sourire). Le chemin montait en sinuant comme ces fameuses montées d’alpages pour les vaches. Il nous fit arriver tout en haut sur un plateau dégagé, un peu désertique où la foudre s’était occupée de certains arbres. Le ciel à nouveau couvert, ne favorisait pas l’ambiance! Après avoir traversé ce plateau, nous arrivâmes par un chemin très étroit à une petite descente sinueuse qui nous amena jusqu’à un tout petit village, composé de deux à trois fermes du nom de Sagendorf, nous amenant à son tour par la route, empruntée par les tracteurs, à l’église d’Emmetten, joliment décorée d’une plaque émaillée offerte par « Les Amis du Chemin de Saint-Jacques, Suisse ». Nous entrâmes dans cette jolie église qui était décorée de plein de coquilles St-Jacques à l’extrémité de chacun de ses bancs et nous vîmes sur ses murs une sculpture de Santiago mise en évidence. C’était bien la première fois que je voyais autant de coquilles St-Jacques en un seul et même endroit. J’en comptais une bonne cinquantaine… Après avoir erré dans l’église, nous tombâmes sur le tampon pour nos Crédenciales avant de ressortir le sourire aux lèvres de l’église. La soif se faisant ressentir, nous nous arrêtâmes, dans la longue voie qui menait au centre du village, sur la terrasse d’un restaurant villageois qui s’apprêtait à recevoir en son sein de nombreux invités pour fêter un mariage.