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Après une bonne nuit passée au fond de mon sac de couchage, je me réveillai comme à l’habituée, avec Peter et Michael. La pluie tombait toujours faisant du bruit sur la toiture de la grange qui, mal isolée, laissait s’infiltrer le froid… tandis que nous préparions notre sac pour notre départ. Une fois nos sacs faits, nous rejoignîmes Michel, Bruno et Alfonso dans la salle de petit-déjeuner de la maison où ils avaient passé la nuit. Cette salle ressemblait à un carnotzet, dont les murs et plafonds était recouvert de lattes de bois. Au centre, une table était dressée pour recevoir pain, confitures, jambon, fromages et boissons chaudes. Nous parlâmes du temps qui, pour les trois jours suivant, avait été annoncé pluvieux par météo suisse. Nos mines étaient un peu tendues car nous nous imaginâmes marcher trois fois huit heures sous la pluie, ce qui n’était pas très motivant…

Pour vous expliquer, je m’étais donné 9 jours pour faire Rorschach – Interlaken, mais là, au bout de 6 jours et environs 159 kilomètres dans les pattes, je me voyais mal finir ma marche sous 3 jours de pluie incessante! Aussi je décidai, en en parlant à mes compagnons, d’arrêter à Stans pour y revenir par la suite. Ils furent attristés de la nouvelle car notre groupe si soudé allait se sentir affaibli. Je leur expliquai que j’allais revenir en juin à Stans pour continuer mon camino et ainsi continuer à vous conter mes aventures et mes ressentis sur « Blog Camino ». (Je vais reprendre la route pour 12 jours dès le 11 juin et parcourir Stans – Genève qui représente environ 300 kilomètres, finissant ainsi la voie Suisse « Via Jacobi »).

Beaucoup de gens ne peuvent pas faire le « Camino » en entier car selon leur lieu de départ, cela peut prendre vite des mois. Regardez Michael, par exemple, qui est parti de Munich et qui s’est donné 4 mois pour rejoindre St-Jacques de Compostelle, 4 mois qui le séparaient de la fin de ses études secondaires de l’Université. Aussi beaucoup de gens, comme moi, ont décidé de faire ce pèlerinage en plusieurs fois, même plusieurs années. Pour ma part, j’aimerai faire le maximum cette année, mais en plusieurs fois car malheureusement je ne peux me le permettre en une seule fois…

Aussi je leur proposai de les accompagner jusqu’à la sortie de Stans et de les laisser continuer leur chemin. Je créai un groupe sur mon téléphone afin de pouvoir suivre leur Camino. Ce groupe nous permettrait de rester soudés, que ce soit par la pensée mais aussi par le biais d’échanges de textes et de photos, ce qui est toujours le cas et pour le plaisir de tout le monde. En nous dirigeant vers le centre-ville de Stans, je leur proposai, quand ils arriveraient ensemble ou chacun de leur côté, de les loger à Lausanne, lieu de passage du Camino, dans l’appartement de ma mère, avec le plus grand des plaisirs. Ils en furent extrêmement touchés et acceptèrent. Alors que la pluie continuait de tomber, nous nous rapprochions du centre de Stans avec un pincement au cœur… Au fond de moi j’avais envie de continuer et je savais qu’en recommençant plus tard, ce serait sans mes « amis ». Mais le Camino sera toujours là et me fera découvrir de nouvelles choses et de nouvelles personnes, me disais-je! Nous arrivâmes à la hauteur de l’église, devant laquelle une foule de personnes s’étaient rassemblées pour y célébrer une fête religieuse. Vu cette foule, mes compagnons ne voulurent pas y chercher le tampon. Nous nous avançâmes vers une grande statue qui ornait la place du centre-ville et nous décidâmes, à la vue des panneaux de directions de Via Jacobi, de nous dire adieu là. Pendant quelques minutes nous nous regardâmes sans dire un mot, comme si par le simple regard nous nous disions tout. Nos yeux parlaient pour nous et nos rires exprimaient tout ce que nous ressentîmes… c’était puissant comme ressenti!!! Nous nous serrâmes fort dans les bras et nous souhaitâmes un « Buen Camino ». Et pendant qu’ils se remettaient en chemin, je les regardai s’éloigner de moi pas après pas jusqu’à ce qu’ils disparaissent derrière une petite chapelle à une cinquantaine de mètres de là. A ce moment là, avec les yeux brillants, j’avais envie de les rattraper en leur criant « attendez-moi!!! ». C’est rare de trouver une si belle complicité entre des personnes d’horizons différents en si peu de temps. C’est pour cela que nous sommes toujours en lien. Nous nous sommes promis de boire un jour, tous ensemble, une bonne cerveza à notre santé à St-Jacques de Compostelle.

Regardant les horaires de mon train, je vis qu’il arrivait en gare de Stans dans une heure aussi, ça me laissait le temps de boire un bon café chaud car avec cette pluie, le froid et l’humidité se faisaient sentir… En me rendant vers le seul café ouvert, je passai devant l’église, et avec un gros sourire je décidai de rentrer en son sein pour y faire le tampon en pensant à mes compagnons. Je poussai doucement les grandes et lourdes portes pour éviter de faire du bruit, car un office y avait lieu. Je m’introduisis dans l’église et par chance le tampon se trouvait non loin de la porte. Deux enfants se retournèrent interloqués par ma présence et mon accoutrement. Je fis honneur à ma Crédenciale et fis signe de la main aux deux enfants avant de sortir de l’église. Je m’empressai d’envoyer une photo de ma victoire d’aujourd’hui en riant et me rendis au café du coin. L’heure de mon train arrivait et je me dirigeai vers la gare, alors que les haut-parleurs annonçait le retard de ce dernier. Ayant pris l’habitude tous ces jours de marcher tout le temps, je n’arrivais pas à rester en place et faisais les cent pas sur le quai en attendant mon transport. Quelques minutes après, le train renta en gare. Je montai et pris une place, étalant sac et affaires sur les places devant moi alors que le train se mettait en marche en direction de Lausanne. Le train était assez rempli et bruyant. J’avais l’impression que les gens me dévisageaient… j’en étais pas très bien. Mon retour dura environ deux heures trente et dans ma tête, je me disais que ces deux heures trente représentaient 12 à 15 jours de marche, cela me semblait dingue! A l’annonce de Lausanne, ma tête bourdonnait… Le train s’arrêta en gare et à la vue de la foule, je pris mon sac et décidai de fuir ce brouhaha au plus vite. Je montais la pente à 14% du Petit Chêne, rue qui relie la gare au centre-ville de Lausanne, en moitié moins de temps qu’il ne m’aurait fallu en temps normal. Je traversai les rues, envahies par les fêtards du « Carnaval de Lausanne » que j’évitai jusqu’en bas de l’immeuble. J’avais l’impression de me sentir oppressé et que je ne pouvais plus respirer. Je fus content de rentrer au calme dans l’appartement!!! Un besoin de calme, de nature et d’être avec moi-même m’envahissaient déjà. Une fois changé, j’envoyais un message à mes compagnons pour leur dire que j’étais bien rentré et leur envoyai un « santé ».

 

Quelques personnes me demandèrent à mon retour, ce que j’avais ressenti en parcourant une partie du Camino en direction de St-Jacques de Compostelle.

Je leur répondis simplement cela :

« Imaginez parcourir le désert du Sahara, seul, pendant une semaine… sans croiser âmes qui vivent… et à la fin de la semaine, rentrer dans une boîte de nuit !!! ».

C’est exactement ça que j’ai ressenti !

 

Maintenant, je me réjouissais, d’une part d’accueillir mes compagnons et amis Bruno, Michel, Peter, Michael et Alfonso ensemble ou tour à tour chez moi et d’autre part continuer mon Camino et cette magnifique expérience de Vie. Et sur ce, je repris mes documents et cartes et me mis à planifier mon futur chemin…