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Après avoir quitté mes compagnons sur le chemin à Stans et être rentré à Lausanne, je suivais leur camino de loin à travers le groupe que nous avions créé sur nos téléphones. Ils poursuivaient leur chemin jusqu’à Interlaken, Fribourg, Romont, Moudon puis Lausanne où je leur avais promis de les accueillir avant de continuer sur Genève et la France en direction de Santiago de Compostelle en Espagne. Un jour après les avoir laissés, Michel, le compagnon de Bruno avait quitté le groupe. Il s’était donné une semaine pour marcher, laissant Bruno (à qui il restait encore deux semaines à faire) continuer son camino seul. Peter, à son tour quitta le groupe à Fribourg ayant quelques soucis musculaires. Bruno, marchant à un pas plus modéré, se détacha peu avant Fribourg de Michael et Alfonso, véritables bouquetins du groupe, leur donnant un jour d’avance.

Du coup je savais que j’allais accueillir à la maison, quelques jours plus tard, Alfonso et Michael, et le jour suivant Bruno… pour mon plus grand plaisir.

Suivant leur périple peu à peu via notre groupe-téléphone, je sus qu’ils arriveraient à tour de rôle 9 et 10 jours après notre séparation à Stans (connaissant à eux trois leur niveau de marche). Celà me laissait le temps de tout mettre en œuvre, lits et repas, pour que je puisse les accueillir. Je leur avais dit que, dès qu’ils arriveraient à Lausanne, on se donnerait rendez-vous à la cathédrale de Lausanne et que je viendrais les chercher pour les amener dans mon humble demeure. L’idée était que je les loge, que je leur fasse à manger le soir et leur prépare le petit-déjeuner en ne leur faisant pas payer la nuit mais en leur demandant une contribution pour les repas. Ils furent ravis de la proposition, et autant eux que moi, nous nous réjouissions déjà de ce moment de retrouvailles.

Les laissant à leur marche quotidienne, je les suivais pas à pas à travers leurs photos et écrits partagés, via notre groupe mais également sur les différents réseaux sociaux, avec toujours autant de descriptions et d’humour comme à l’accoutumée.

Pendant ce temps ma vie reprenait, peu à peu, dans le monde « réel », mais en gardant mon cœur sur le Camino. Il faut dire que ça marque de faire ce chemin… et au plus les jours avançaient, au plus je me réjouissais de le reprendre. Après avoir discuté avec quelques personnes de mon périple, deux personnes proches me dirent qu’il fallait absolument que j’écrive ce que j’avais ressenti durant mes quelques jours sur le Camino, elles se reconnaîtront très sûrement… (sourire). Je les en remercie, car elles m’ont donné cet élan pour vous conter tous les jours ou presque mes aventures sur ce si beau chemin, ce qui m’a fait vibrer, les personnes magnifiques que j’y ai rencontrées et tout ce que j’ai ressenti au plus profond de mon être… et au plus j’écris mes récits, au plus ça me donne envie de continuer à marcher et à écrire… Aussi un grand merci à L. et G. pour leur soutien !

A un jour de marche de Lausanne, Michael m’écrivit en me disant qu’ils arrivaient chez des gens qui logeaient les pèlerins dans une pièce aménagée pour eux, au sein d’une maison de campagne. Avec un grand sourire, je me dis que j’allais leur faire la surprise de ma venue et essayai d’en savoir plus sur où ils se trouvaient afin que je vienne à leur rencontre. Michael m’envoya une géolocalisation de leur résidence pour la nuit, tandis que je prenais mon véhicule en riant… 30 minutes après je me retrouvais à Vucherens, village situé entre Moudon et Mézières en campagne vaudoise. Arrivé sur place, j’essayai d’en savoir davantage sur le numéro de la maison et Michael, sans l’ombre d’une question, me le donna. Après m’être parqué devant la maison, une dame sortit en me demandant si j’étais perdu et je lui dis que je venais voir les deux pèlerins qu’elle logeait en lui expliquant en quelques mots le périple que j’avais fait avec eux une semaine auparavant. Elle sourit et me fit signe de la suivre. On longeait la maison par le jardin et en la contournant, je vis une table, dressée dans le jardin : Michael et Alfonso étaient là, assis en short, t-shirt et pieds-nus avec une bière à la main. La dame leur dit en arrivant : « Il y a quelqu’un qui vous cherche… ». Michael et Alfonso levèrent les yeux, firent un grand sourire, puis des rires éclatèrent… Nous nous prîmes dans les bras comme si nous ne nous étions pas vus depuis des années ! Alfonso partit à l’intérieur de la maison et en ressortit quelques secondes après avec trois bières à la main afin que nous trinquions ensemble pour ces retrouvailles. Nous trinquâmes et nous échangeâmes plein de conversations : ils me racontèrent, en riant, les deux ou trois choses qu’ils avaient vécues depuis notre séparation à Stans, les rencontres qu’avait fait Bruno sur son Camino, la séparation avec Peter et Michel et plein de petites anecdotes que nous aimions déjà partager alors que nous marchions ensemble. Par curiosité je leur demandai comment ils étaient logés et que demandaient les propriétaires de cette jolie maison pour la nuit et le petit déjeuner. Ils me firent automatiquement visiter les lieux et je trouvai plutôt sympathique leur gîte et le prix demandé. En ressortant de la maison je revis la dame avec son époux qui me dirent qu’ils accueillaient environ par année entre 150 et 200 pèlerins, ce qui est énorme je trouve. On se rend compte du nombre de pèlerins qui se déplacent sur le Camino, sachant que dans la région pas mal de personnes logent les pèlerins de passage.

Après ce petit échange avec les propriétaires ainsi qu’avec mes compagnons, je vis que leur état de fatigue était bien là et après avoir passé ce moment magique, je leur donnai mon congé afin qu’ils puissent se nourrir et se reposer. Michael éclata de rire en me demandant combien de temps j’avais fait pour les rejoindre… En gros 25 à 30 minutes en véhicule équivalaient à une bonne journée de marche. Il est vrai que ça fait sourire et que ça laisse songeur ! Nous nous serrâmes à nouveau dans les bras. Je leur dis que je les attendrai le lendemain à Lausanne et de me tenir informé de leur arrivée à la Cathédrale de Lausanne.

Je repris mon véhicule, leur souhaitai un « Buen Camino » pour demain et rentrai sur Lausanne avec le sourire, tandis que Alfonso, de son côté, était en train de raconter ma venue sur les réseaux sociaux à tous ses amis pèlerins. Je fus très touché par ses mots et je l’en remercie. C’est une sacrée personne avec un cœur énorme. Avec Michael, ils font à eux deux la paire me disais-je, le grand et jeune allemand et le « padrino » espagnol, qui, à lui tout seul, a déjà parcouru plus de 20 chemins menant à Santiago de Compostelle et parcouru plus de 25’000 kilomètres sur le Camino ces 15 dernières années… Là, on peut dire : « Respect » !