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Le fameux jour arriva… où mes compagnons Alfonso et Michael, vus la veille à Vucherens, se mirent en route pour Lausanne. Pour ma part, je commençais à préparer l’appartement, en organisant les chambres où chacun d’eux allait dormir et en allant faire les courses afin de leur préparer un festin pour le souper et le petit déjeuner. J’avais envie de leur préparer quelque chose de consistant et convivial car je sais qu’après une bonne journée de marche, entre 6 et 8 heures, on a assez faim! Connaissant l’ogre allemand (sourire) et l’espagnol curieux, je me dis qu’une bonne fondue fribourgeoise serait le plat idéal pour mes convives le soir. En plus je savais qu’à leur arrêt sur Fribourg et dans la région, ils n’en avaient pas mangé, donc l’occasion était idéale pour leur préparer ce plat typique suisse, pardon fribourgeois… je ne veux pas fâcher nos amis-voisins (ha ha ha).

Après avoir tout organisé et préparé, j’envoyai un message à mes amis pour leur demander si tout se passait bien et si ils savaient vers quelle heure ils allaient approximativement arriver. Michael me répondit qu’ils étaient dans la région de Froideville. Ainsi je sus qu’ils avaient encore de bons kilomètres à marcher et je pouvais imaginer qu’ils arriveraient vers les 16h00… Du coup je pus continuer à écrire mes récits en attendant leur venue.

Je leur avais donné rendez-vous à la Cathédrale de Lausanne, car le camino y passant, je trouvais que c’était un lieu assez extraordinaire pour un visiteur. Depuis la petite place devant la Cathédrale, on peut voir toute la ville et si le ciel est découvert, voir le lac jusqu’à Morges et plus loin encore. Et du coup je leur réservai les 150 marches d’escalier pour descendre en centre-ville (sourire), comme s’ils n’avaient pas assez souffert… Bon, depuis Lausanne, les montagnes et les dénivelés étant derrière eux, ils allaient attaquer 80 kilomètres de plat et avancer tels des bouquetins.

Après avoir fini d’écrire mon récit du jour et l’avoir mis en ligne pour vous mes chers lecteurs, je regardai mon téléphone et vis un message de Michael m’annonçant leur venue soudaine… Aussi, je mis mes baskets, ma casquette et me préparai à venir à leur rencontre, vérifiant que tout était en place pour leur accueil. Je déambulai dans les rues pavées de Lausanne jusqu’aux escaliers du marché donnant sur la Cathédrale de Lausanne et commençai à monter les marches en rigolant, car depuis mon retour je n’avais pas refait de sport, et je soufflais déjà à la moitié de la montée. Arrivant enfin en haut des escaliers donnant directement sur la grande porte de la Cathédrale, je repris mon souffle tout en tournant la tête sur la droite et je vis Michael et Alfonso en train de contempler la vue qui s’offrait à eux. Je les rejoignis et à ma vue ils sourirent me souhaitant un grand bonjour. Nous nous prîmes dans les bras, je leur souhaitai la bienvenue à Lausanne et leur demandai si ils avaient fait bonne route. Ils étaient ravis de leur marche journalière qui avait été plus douce qu’à l’accoutumée. Au moment où je parlais avec Michael, un couple s’avança vers Alfonso lui demandant s’ ils faisaient le Chemin en direction de Santiago de Compostelle et Alfonso, avec ses mimiques habituelles, dit: « no hablar francès ». Je vins vers eux et leur expliquai qu’Alfonso venait d’Espagne et avait pris le train jusqu’à Vienne en Autriche et qu’il ne parlait que l’espagnol et que Michael venait de Munich et qu’ils allaient effectivement jusqu’à Santiago d’une traite. Le couple me dit que ça faisait 5 ans qu’eux le faisaient, mais en plusieurs étapes car ils ne pouvaient pas prendre autant de temps pour le faire en une seule fois. Ils allaient prochainement se remettre sur le camino… On leur souhaita un « Buen Camino ». Avant de descendre en centre-ville, je nommai à Alfonso et Michael les différents bâtiments que l’on voyait devant nous. Nous nous mîmes en marche et comme nous étions à côté de la Cathédrale je leur proposai de faire le tampon ici en riant. Alfonso me regardai hilare… je pense que l’on a, les deux, repensé à la fameuse statue à Stans…

Après être rentrés en la cathédrale, le bureau d’information étant ouvert, nous nous dirigeâmes vers la réceptionniste et je lui demandai si elle avait le tampon qu’elle me brandit aussitôt. Mes amis tendirent leur crédenciale respective et celles-ci furent bénies. Alfonso et Michael firent le tour de la Cathédrale, émerveillés par sa grandeur.

« La cathédrale de Lausanne » est un bâtiment de style gothique, édifié en pierres de taille, achevée au milieu du XIII ème siècle et rattachée à l’époque au comté de Savoie. La cathédrale fut un haut lieu de pèlerinage marial au Moyen Age. 70’000 personnes s’y rendaient chaque année pour vénérer la statue miraculeuse de la Vierge. Lausanne ne comptait en ce temps qu’environ 7’000 habitants. La cathédrale fut réformée protestante en 1536 à l’arrivée des Bernois. Elle fut pillée et partiellement endommagée pour être restaurée dès 1874 jusqu’en 2015.

Nous nous mettions en direction des escaliers où Michael et Alfonso me regardaient du coin de l’œil avec un sourire moqueur. Je leur dis en souriant que ce serait sûrement les derniers escaliers qu’ils allaient descendre avant très longtemps.

Une fois en bas de ces innombrables marches, nous arrivâmes au centre-ville et déambulâmes sur les rues pavées pour arriver enfin au bas de l’immeuble où j’allais les loger. Je leur expliquai que le bâtiment où je résidais, à la rue de la Louve, en face de l’hôtel de ville, était un des plus vieux bâtiments de Lausanne, classé historique, construit entre 1905 et 1907, qui avait été complètement nettoyé et restauré en 2016. Le bâtiment a été construit sur la rivière la « Louve », dont la rue porte son nom.

La ville de Lausanne, capitale du canton de Vaud, a été construite au milieu de deux rivières, la Louve (visible au niveau -3 du parking de la Riponne) et le Flon, lesquelles ont servi de limites à la commune avant d’être enterrées dès 1812 afin de permettre à la ville de se développer en dehors de ses frontières naturelles.

Après être entrés dans l’immeuble, je les fis rentrer dans l’appartement en leur indiquant où ils allaient dormir. Je les laissai prendre une douche et les conviai à un apéro au salon où ils m’expliquèrent le parcours qu’ils avaient prévu pour le lendemain.

Je vis vite qu’ils étaient fatigués et comme après de longues marches nous restions tranquilles, sans forcément parler, pendant quelques heures, c’est ce que nous fîmes à ce moment : « Ensemble mais chacun avec soi-même ». Cela peut paraître étrange mais c’est une manière de prendre du recul sur la journée et les moments passés à marcher, observer et penser sur le camino. Le soir arrivant, je leur proposai de continuer à se reposer pendant que j’allais préparer le repas. Quelques minutes après, je les appelai à la cuisine. Je les fis s’asseoir tout en posant le caquelon de fondue devant eux… Vous auriez dû voir les yeux gourmands de Michael « l’affamé » et Alfonso « l’interrogé ». Ce dernier m’expliqua que c’était la première fois qu’il mangeait une fondue au fromage. Je fus ravi de lui faire manger quelque chose qu’il ne connaissait pas. Je peux vous dire que pour une première fois, c’est passé comme une lettre à la poste! Ils se sont régalés et on a beaucoup ri des mimiques d’Alfonso maniant sa fourchette et dégustant la fondue. Michael, connaissant la fondue et étant fan de fromage, était comblé. On s’est avalé une bonne fondue de 1 kilo à 3 : c’est plutôt pas mal pour la première d’Alfonso (sourire). Nous restâmes à table un sacré bon moment, trinquant et riant tard dans la nuit. Après ce super bon moment passé les trois, je leur proposai de prendre le petit déjeuner à 7h30 comme d’habitude demain matin et leur souhaitai une bonne nuit. Avant d’aller me coucher, je préparai déjà la table pour le petit déjeuner après avoir rangé le souper et fait un sandwich avec le reste du fromage pour l’en-cas de Michael de demain.

Le réveil sonna le lendemain dans les trois chambres… Pendant que mes amis se préparaient, j’allai préparer le café. Nous prîmes le petit déjeuner ensemble et je leur expliquai que j’allais les accompagner sur le camino un momentS avec le plus grand des plaisirs. Une fois prêts, nous descendîmes dans la rue et entreprîmes le camino qui nous fit traverser les rues en direction du Tribunal Cantonal et de l’esplanade de Montbenon, d’où l’on pouvait observer le lac et la vue sur les alpes illuminées par le soleil. Tout en marchant, je leur expliquai par où nous allions passer, comme un guide. Après avoir descendu l’Avenue de Provence jusqu’à sa moitié, nous entreprîmes la longue et large descente sinueuse de la Vallée de la Jeunesse.

« La Vallée de la Jeunesse » est un lieu original, datant de l’Exposition Nationale de 1964 créé par l’architecte-concepteur Michel Magnin dont le but était de toucher l’imaginaire des enfants pour les enchanter. C’est un lieu offrant des activités ludiques et variées pour les petits (Activités du Centre vaudois d’aide à la jeunesse), mais également pour les plus grands qui peuvent profiter des magnifiques jardins et étendues de gazon pour se reposer. Nous continuâmes notre route jusqu’aux ruines romaines de Vidy, quartier lacustre de Lausanne, vestiges d’une riche demeure antique, sur le site de Lousonna. Puis nous arrivâmes devant le chantier du futur siège du Comité international olympique, projet d’envergure qui, de par sa forme, risque de mettre du mouvement dans le paysage… à suivre! Nous continuâmes à travers les jardins équipés de zones de grillades au bord du lac en direction de la commune de St-Sulpice, où  les soirs d’été, odeurs, rires et musiques se mélangent dans une ambiance festive. Quelques minutes après, nous traversâmes une rivière, nous faisant passer de la Commune d’Ouchy à la Commune de St-Sulpice pour arriver dans la grande cité universitaire de Lausanne. J’en profitai pour expliquer les différents domaines à Michael qui s’apprêtait à entrer dans ses futures études, quelques jours après son arrivée à St-Jacques de Compostelle. Longeant le lac par de petits sentiers et chemins, nous arrivâmes devant le Temple de St-Sulpice, ancien monastère du XIème siècle. Nous le découvrîmes ensemble mais le tampon était absent. En ressortant, je les ramenai sur la Via Jacobi, au niveau des panneaux, en leur disant que je les laissai continuer seuls à partir de cet endroit. Nous nous prîmes dans les bras et nous nous jurâmes de nous retrouver à Compostelle tous ensemble. Ainsi, je les laissai partir, les regardant s’éloigner peu à peu de moi, moi restant là debout, avec un nouveau pincement au cœur!

Après quelques minutes passées dans le silence, je repris ma route à contre-sens pour rentrer à Lausanne, 1h30 après. Je devais préparer l’appartement pour accueillir Bruno le lendemain…