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Ma nuit au camping fut très bonne et je me réveillai dans la fraîcheur matinale, ce qui me mit en train pour une nouvelle marche sur le camino. Vu que la cantine du camping ouvrait vers les 9h, je décidai de partir dans l’idée de trouver plus loin, en ville, un endroit où prendre mon café et mon petit déjeuner. Donc, après avoir pris une bonne douche fraîche, je repris ma route pour le centre de Giswil… Une bonne demi-heure de marche plus loin, je trouvai la terrasse d’un café ouverte où les ouvriers d’un chantier voisin prenaient leur café. Après avoir déposé mon sac, je demandai un bon café et deux croissants, histoire d’avoir quelque chose dans le ventre pour entamer ma journée en direction de Brienz.

Rassasié, je remis mon sac à dos, pris mes bâtons et me mis en marche avec le sourire, me réjouissant des nouvelles choses que j’allais découvrir aujourd’hui. Je longeai des chemins de terre, de bitume, de cailloux qui m’amenèrent à l’église de Giswil, perchée sur une petite colline dominant la vallée et le beau lac que j’avais laissés à une heure de là. Redescendant de la colline, je passai à côté de petits potagers d’habitants, très joliment entretenus, avant d’arriver devant une pente me laissant prétendre à une belle montée en direction de Lungern. La chaleur s’installant progressivement, je m’arrêtai pour me désaltérer et éponger ma sueur et repris mon ascension qui m’amena à un grand plateau et une maison que le propriétaire avait décorée de sculptures en bois magnifiques, lesquelles donnaient envie de se plonger dans l’univers féérique du propriétaire. Après cette jolie découverte, mon camino m’amena au bord d’un grand lac, le lac de Lungern bordé par une jolie terrasse. Je pris un soda pour apprécier le moment présent et profitai de regarder ma carte et mes documents. Je vis qu’il fallait longer le lac sur toute sa longueur pour aller en direction du fameux col du Bünigpass. Une petite route m’amena à un petit sentier de gravier longeant ce lac si magnifique… la couleur de l’eau, d’un bleu-vert (que l’on verrait dans certains pays équatoriaux), me semblait magique et je profitai à plusieurs reprises de m’arrêter afin de profiter de ces moments uniques. Le calme, la nature magnifique, et cette eau magique me plongeaient dans une sensation de bien-être et de calme si rare que j’avais l’impression de vivre dans un conte imaginaire. Ma peau avait la chair de poule de tant de magie… J’ai observé un petit bateau de pêche flottant au milieu de cette étendue d’eau. Rien ne semblait le perturber. Sur mon chemin, je croisai quelques randonneurs qui étaient tout comme moi absorbés par tant de magie, oubliant même de nous regarder et de nous saluer. Je croisai également une classe d’une vingtaine de jeunes enfants qui étaient très silencieux alors qu’à leur âge ils sont plutôt bruyants me disais-je en souriant. Ce lac était réellement entouré d’une aura magique. A certains endroits le lac disparaissait derrière des allées d’arbres qui laissaient découvrir sa robe à travers leur feuillage. De rares maisons étaient construites à ses abords et je me disais « chanceux ceux qui peuvent vivre cette magie au quotidien ». Une fois arrivé au bout du lac, mon petit sentier m’amena sur une route de bitume, sinuant entre des fermes et me fit entrer dans le village de Lungern perché sur une colline. Je croisai deux femmes allemandes d’une cinquantaine d’année se rendant à Compostelle. Elles n’étaient pas très bavardes et me firent comprendre qu’elles ne voulaient pas que quelqu’un les perturbe dans leur camino. Après un « Buen Camino » je les laissai et continuai le mien pour arriver à l’église impressionnante dont il fallait monter de nombreuses marches afin d’atteindre ses murs. Son intérieur était magnifiquement décoré de nombreuses sculptures en bois peint et de vitraux très colorés. En ressortant, en haut de toutes ces marches, je pus découvrir le beau lac de Lungern et son village. Je dus redescendre la colline, passer à travers une scierie dont les odeurs de bois venaient embaumer mes narines et m’amener à la lisière d’une forêt. Juste avant de rentrer en celle-ci, je rencontrai un homme de mon âge, à vélo avec une remorque attelée à celui-ci, qui transportait ses affaires pour un voyage qu’il avait entrepris de Munich à Interlaken pour deux semaines. Pendant qu’il se lançait sur la route, je m’enfonçai dans la forêt en lui souhaitant beaucoup de courage pour la montée qui s’annonçait et lui, en fit de même.

En arpentant le chemin dans cette forêt dense, j’arrivai le long d’une petite falaise où deux ou trois tableaux représentant des scènes bibliques étaient accrochés comme on accrocherait des toiles dans un musée et un peu plus loin il y avait un mini lieu de prière en face d’un tableau représentant la Vierge. Quelques mètres plus haut, je sortai de la forêt pour retomber sur la route empruntée par les voitures, camions et motos et tombai sur l’homme à vélo qui faisait une pause. En me voyant arriver, il me sourit et me dit que j’avais monté relativement vite. Il me dit que la montée à vélo était relativement dangereuse car de nombreux véhicules passaient à grande vitesse à quelques centimètres de lui et qu’il se réjouissait d’arriver au sommet du Brünigpass pour être plus rassuré. Nous nous souhaitâmes bon courage pour la suite et je lui lançai un « Buen Camino » et lui de même. Nous reprîmes nos routes respectives et pendant que lui reprenait la longue route bitumeuse, moi de mon côté, après l’avoir traversée, m’enfonçai à nouveau dans la forêt dense par un petit sentier bordé de très grands arbres et de blocs de rocher. Mon camino m’amena à nouveau le long d’une falaise qui était joliment décorée de symboles en couleur représentant un cœur rouge illuminé de traits jaunes, d’un œil bleu également entouré de traits jaunes et juste à leur côté une boîte en bois noir, ciglée de la coquille de St-Jacques et du nom de Jakobsweg, était accrochée à la paroi. Un petit loquet à sa droite permettait d’ouvrir cette dernière pour laisser découvrir le secret qu’elle gardait en elle. Une fois ouverte, je découvris un gros livre ciglé d’une coquille, gaufrée sur sa couverture et où était marqué « Pilgerbuch », le livre des pèlerins. Après avoir pris ce gros livre de la taille d’une bible d’église entre les mains, je l’ouvris délicatement et découvris de nombreux messages de pèlerins passés là avant moi. En le feuilletant, je découvris les messages laissés par mes amis et compagnons de route, ce qui laissa se dessiner un sourire sur mon visage. Muni d’un stylo, je laissai à mon tour un message de mon passage, avant de le refermer délicatement et de le remettre dans sa boîte, à l’abri des intempéries. Je trouvai merveilleux cette si jolie découverte, comme si j’avais découvert le trésor du Brünigpass, alors que 100 mètres plus bas la route laissait passer les gens dans leurs véhicules, loin d’imaginer un tel trésor caché dans la montée de ce col. Ma montée continua car le haut de ce col était encore loin… je sortis de la forêt un moment et me retrouvai nez à nez à une trentaine de mètres avec une biche qui, surprise par ma présence, se déplaça rapidement dans la forêt. Je la regardai disparaître dans les buissons et feuillages et me remis en chemin. Quelques minutes plus loin, je retrouvai la route et les rails de chemin de fer de la « Zentralbahn » qui m’amenèrent une trentaine de minutes plus loin au haut du Brünigpass et non loin de la station de sports d’hiver d’Hasliberg.

« Le Brünigpass », ou Col du Brünig est un col historique de Suisse, situé à 1008 mètres d’altitude. Il relie Lungern en Suisse centrale à Meiringen dans l’Oberland bernois. A la fin du XVIIIème siècle, avec la mode du voyage en Suisse, ce col vit arriver les touristes en masse, lesquels purent bénéficier au XIXème siècle de la route carrossable. Sa route a été inaugurée en 1861 après deux ans de travaux seulement. Le chemin de fer, ouvert en 1888, servit surtout au trafic touristique. Tandis que les touristes affluèrent, le transport des marchandises stagna jusqu’à la modernisation de la route et du chemin de fer au XXème siècle, permettant l’exportation de bétail et de fromage dans l’économie régionale et apporta à l’Italie du Nord, fournisseur et acheteur, un territoire au-delà des Alpes.