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Le haut du col atteint, je profitai un moment du beau paysage montagneux qui s’offrait à moi et repris mon chemin en direction de Brienz où j’avais décidé de passer la nuit. Surplombant la route où les véhicules passaient, mon chemin se mit à descendre légèrement avec une magnifique vue me laissant découvrir petit à petit la vallée en contre-bas. Pensant descendre enfin, le Chemin de Compostelle se détourna du chemin pédestre usuel pour m’amener vers une montée, traversant un vaste domaine avec des murs de pierres sèches disposés de part et d’autre, en direction d’une nouvelle forêt. A sa lisière je vis la densité de celle-ci et au plus je m’avançai en son cœur au plus elle me semblait mystique… A un moment donné, je m’arrêtai pour laisser parler la nature en fermant les yeux. C’était assez intense ce ressenti de calme comme si j’étais seul au monde dans une forêt si riche en flore, entre arbres, fougères et mousses. Je me projetai dans le fameux film du « Seigneurs des anneaux » ou l’on pouvait découvrir dans certaines scènes ces forêts parcourues par nos chers Hobbits… C’était à la fois étrange et mystérieux, une sensation qui me mit presque les frissons, prêt à me retrouver face à Gollum à la recherche de son précieux (sourire). Le chemin, recouvert d’un tapis de feuilles mortes, m’amena vers une jolie source qui ruisselait le long d’un rocher recouvert de mousse et « bénissait » une statue de la Vierge laissée là par un pèlerin, faisant office de lieu de prière aux autres pèlerins le suivant. Après un panneau avertissant des chutes de pierres soudaines, le chemin se mit gentiment à descendre. J’arrivai à un endroit où je dus faire attention car de nombreux troncs d’arbres coupés avaient glissés le long de la pente en emportant d’autres sur le passage et obstruant mon chemin… Après m’être faufilé entre ces derniers, le sentier m’amena à la lisière de la forêt où je pus découvrir le village de Brienzwiler, construit dans une pente raide, ce qui n’aidait pas un de mes genoux, mais grâce à une atèle que j’avais acheté auparavant, je pus le soulager rapidement. Une auberge de pèlerins proposait de loger des pèlerins de passage mais vu que c’était le milieu de l’après-midi et que je m’étais fixé Brienz come lieu d’arrivée, je continuai mon camino, laissant Brienzwiler derrière moi. Continuant dans la campagne, je traversai un joli lieu où de magnifiques sculptures en bois, faites pas un artisan local, étaient déposées de part et d’autre de cette jolie campagne vallonnée, représentant les différents animaux qui peuplaient la région. On y trouvait par exemple une famille de renards, un couple d’oiseaux, un bouquetin, tous magnifiquement sculptés, singularisés et mis en évidence le long de mon parcours.

Le bouquetin m’amena vers une route qui me fit découvrir le beau lac de Brienz au loin, d’un bleu azur sous un soleil magnifique. Je me réjouissais déjà de m’en rapprocher et de voir ses belles couleurs… Ayant regardé mes documents je vis qu’une auberge de jeunesse se trouvait non loin du camino au bord du lac et me mis en quête de ce dernier, tout en passant dans un joli quartier résidentiel de Brienz qui m’amena à un petit tunnel sous un pont ferroviaire. Après avoir passé ce tunnel je me retrouvai à côté des panneaux de direction de Via Jacobi qui m’indiquait de suivre mon camino sur la droite. Je repris mes documents qui m’indiquèrent que l’auberge se trouvait sur la gauche à 15 minutes à pieds. Je quittai donc ma trajectoire pour me diriger vers celui-ci. J’arrivai enfin à destination et un homme me fit signe de passer par le jardin et d’attendre 17h00 car la personne responsable de l’auberge ne serait là qu’à cette heure-ci. Je profitai des trente minutes restantes pour me poser à une table du jardin où un jeune passait la tondeuse. Le jardin séparait l’auberge du lac qui se trouvait à une bonne vingtaine de mètres de là. J’étais content de cette jolie découverte et alors que je contemplais le paysage qui s’offrait à moi, je pris mes tongues dans mon sac et enlevai mes chaussures de montagne pour les échanger avec grand plaisir. L’homme me proposa de boire quelque chose en attendant et j’acceptai. J’étais content de cette journée et de passer d’un lac à un autre me remplissait de bien-être.

Un groupe de jeunes arriva avec deux institutrices: ils se mirent en maillots de bain et l’ensemble des jeunes courut plonger dans le lac à proximité en riant. Soudain une pluie passagère arrosa les sacs laissés ici et là par les jeunes. Aussitôt, après avoir mis à l’abri mes affaires, j’empoignai les quelques sacs des jeunes et les mis à l’abri de la pluie. Les deux institutrices me remerciaient, les jeunes accourant par la suite pour se protéger de cette averse. L’heure de s’annoncer arriva et avant que les jeunes ne se précipitent à l’intérieur, je pris mon sac et me dirigeai vers la réception où une jeune femme prit mes informations, me demandant ma Crédenciale afin de la tamponner et m’indiqua où trouver le dortoir, la salle-de-bains et le lieu de restauration. Je pris le temps de choisir mon repas pour ce soir avant de monter poser mes affaires. Une fois cela fait, j’entendis les jeunes se ruer dans le bâtiment alors que de mon côté j’en profitai pour aller prendre une douche avant que ce soit la cohue… En regagnant le dortoir, deux personnes l’avaient rejoint : une jeune femme chinoise, se prénommant Mengya, qui venait de finir ses études dans les pays de l’Est et qui avait profité des quelques jours qui lui restaient pour découvrir cette jolie région de Suisse avant de retourner en Chine et Adelbert, un pèlerin qui venait de faire une partie du Chemin de Compostelle depuis l’Allemagne jusqu’à Genève et était revenu sur ses pas jusqu’à Brienz pour y prendre le train, pour rentrer chez lui à Zoug. Je profitai de discuter avec eux, afin de mieux les connaître et d’échanger sur le Chemin de Compostelle. C’est toujours très intéressant de découvrir des gens qui ont déjà fait une partie de Compostelle et de connaître leurs ressentis… ça nourrit!

La jeune femme de la réception me fit signe que mon repas était prêt et je descendis dans la salle-à-manger pour un bon plat chaud qui me fit le plus grand bien. Une fois terminé, je me mis à écrire sur mes aventures passées la veille sur le camino. Après quelques heures d’écritures, la nuit tombée, je vis un homme assis près de là qui fumait une cigarette, qui me demanda si j’appréciai l’accueil et si je faisais le Chemin de Compostelle. Je me rapprochai de lui et m’assis non loin de lui. C’était Guido, le propriétaire des lieux, qui avait repris l’auberge il y a 15 ans déjà. Il avait fait ses armes dans l’hôtellerie à Lausanne, au Palace et au Château d’Ouchy pendant une bonne quinzaine d’années d’où son très bon français parlé. Il me dit que le milieu de la restauration n’était déjà pas un milieu où les horaires étaient faciles mais que depuis qu’il avait repris l’auberge, c’était loin d’être de tout repos car il travaillait 7 jours sur 7, d’avril à fin octobre, mais qu’il n’échangerait pour rien au monde sa place car il avait beaucoup de plaisir à rencontrer des gens de passage que ce soit des pèlerins ou des groupes de jeunes venus là en course d’école. Nous échangeâmes beaucoup sur nos diverses expériences et j’eu plaisir à rencontrer une aussi belle personne. Je ne pourrai que recommander une auberge aussi accueillante avec des personnes aussi vraies. Ce fut vraiment une très belle découverte…