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Après ma petite pause bien méritée à Interlaken, je décidai de reprendre la route du canal afin de me diriger en direction de Merlingen où je devais prendre le bateau pour Spiez. Cette route fut très longue à marcher et le bitume était bien chaud sous mes chaussures: je me réjouissais presque d’être déjà sur le bateau… Je passai dans les quartiers d’Unterseen juste après Interlaken, tout en continuant à longer le canal. Des habitations se dessinaient tout le long de ce dernier et laissaient apercevoir des personnes sur les balcons donnant sur l’Aare. Mon camino me fit m’éloigner de l’eau un bref instant et me fit passer devant la vitrine d’une boulangerie qui me donna envie d’y entrer et de m’acheter un bon sandwich que je pris à emporter et que je mangeai en marchant. Je passai en sinuant dans un joli quartier peuplé de quelques chalets et jardinets, pour retomber en bordure de l’Aare sur un chemin recouvert de gravier qui me soulageait déjà un peu les pieds. Il faut dire qu’avec cette chaleur, marcher avec de bonnes chaussures de montagne, ça me tenait les pieds au chaud et ce n’était pas très agréable. Du coup le fait de marcher sur le gravier, plus aéré me soulageait un peu. A ma gauche l’Aare circulait me donnant un certain entrain et à ma droite, des champs et des champs et des champs se succédaient à ne plus en finir… Des bancs rouges en bois étaient fixés tous les 200 mètres à l’ombre de grands arbres, invitant à la pause, mais le temps avançant, je ne me laissai point tenter. L’Aare était d’un beau bleu Azur et s’élargissait au fur et à mesure que j’avançais pour me faire arriver à l’embouchure du lac de Thun où une passerelle me laissait le choix de soit passer à gauche du lac, soit de rester à sa droite. Après vérification sur mes documents, ceux-ci indiquèrent qu’il fallait rester sur la rive droite. Quelques mètres plus loin, un grand panneau m’indiquait que j’étais dans une réserve naturelle et, d’après le dessin, elle semblait immense. Je m’avançai jusqu’à deux grands battants de portes délimitant cette zone de réserve naturelle. Tout véhicule était interdit. J’avais l’impression de traverser une frontière imaginaire, comme si j’allais être coupé du monde pendant un instant. En m’engageant dans cette réserve, je vis sur ma gauche le lac se dessiner, bordé de joncs et sur ma droite je découvris un marais rempli de joncs, où étaient construites de petites cabanes sur pilotis permettant d’observer la faune et la flore en toute discrétion sans risque de perturber les êtres qui le peuplaient. Le camino me faisait passer de sentiers caillouteux à de petits ponts en bois à même le sol, laissant circuler l’eau juste à quelques centimètres en dessous de mes pieds. Une petite brise caressait ma peau pendant que je marchais. Tous mes sens étaient en émoi, tandis que je marchai seul au milieu de cette flore abondante. De petites ouvertures dans les buissons me laissaient deviner que le lac était juste à quelques petits pas de moi, invitant presque à la baignade. J’y aurai bien trempé mes pieds quelques instants. Tout en m’avançant, j’entendais des rires d’enfants et je me demandais vers quoi j’allais arriver, jusqu’à ce que derrière quelques arbres je devine des familles couchées en maillot de bain sur des bancs de sable, les enfants pataugeant dans l’eau. Vu la réserve, ce ne devait pas être très légal mais au fond de moi, je me disais qu’ils avaient raison de profiter de ces plages désertes, pour autant qu’ils respectent les lieux. Et là, quelques mètres plus loin, les mêmes battants de porte qu’au début de la réserve naturelle, indiquant ma sortie de ce lieu imaginaire, me faisant arriver à un des ports où le bateau, que je prendrai à Merlingen, s’arrêtait à l’instant, laissant monter et descendre des passagers avant de larguer les amarres tout en donnant un coup de sifflet, indiquant qu’il était sur le départ. Une foule de personnes profitait de la terrasse d’un hôtel-restaurant, juste en face du débarcadère. Une zone pour des paddles était aménagée non loin de là, laissant s’essayer de nombreux jeunes à cette activité.

Me rapprochant des panneaux de direction, je vis que Merlingen était à encore 2h45 d’ici et en regardant l’heure, je vis qu’il était déjà 15h00. J’hésitai à continuer ou à m’arrêter par ici, car en comptant les heures qui me restaient à faire jusqu’à Gwattegg, je me dis que ça risquait de faire un peu beaucoup. Voyant les prix de l’hôtel juste à côté à des tarifs très élevés, je décidai de continuer ma route et peut-être que j’aurais l’occasion de trouver « chaussure à mon pied » sur le chemin: Une bonne vingtaine de minutes plus loin, je vis un camping et je me dis que je trouverai peut-être une chambre abordable. En m’avançant à la réception, un homme me dit que dans son camping, il ne louait pas de chambre mais que je trouverai sûrement mon bonheur plus loin dans un un petit village du nom de Beatushöhlen, à l’hôtel Beatus qui louait des chambres bon marché me dit-il et qu’il était très rarement plein. Aussi, comme le village n’était qu’à une bonne heure, je me mis en marche tout décidé à m’arrêter dans un endroit tranquille. La route goudronnée m’amena à un petit sentier m’invitant à la montée et me faisant passer en lisière d’une forêt tout en longeant le lac, que je surplombai petit à petit pour disparaître entre les feuillages de grands arbres, comme j’avais déjà connu le long du lac de Lungern avant ma montée au Brünigpass. Alors que le sentier me faisait redescendre, je tombai sur des maisons entourées de blocs de rocher énormes… Je me dis que ce devait être des paranoïaques qui devaient habiter là mais dès que je vis le panneau quelques mètres plus loin, je compris pourquoi ils étaient autant barricadés. Effectivement, selon le panneau, en bordure d’une rivière avoisinante, l’eau pouvait affluer en grands volumes et déborder sur de grandes surfaces, inondant tout sur son passage, paysage et maisons. D’ailleurs il y avait de gros travaux en cours pour l’assainissement et le renfort du lit de la rivière et de ses abords. Un pont en bois me faisait passer au dessus de ces travaux gigantesques, me faisant arriver enfin à Beatushöhlen. L’hôtel était indiqué tout en haut d’une énorme pente raide de 15%. Je décidai avant de monter de profiter de visiter ce petit village, qui accueillait en son petit port également le bateau. Je décidai d’aller voir les horaires pour savoir dès quelle heure et jusqu’à quelle heure il naviguait. Je vis que ce fut tôt et tard et toutes les heures, ce qui me rassura. Après avoir vu les heures, je décidai de monter à l’hôtel Beatus afin de prendre une chambre et me reposer un peu avant de manger quelque chose. La pente fut très dure pour mes pieds et en arrivant en haut je vis qu’il y avait des travaux qui m’obligeaient à faire un détour pour accéder à l’hôtel. Arrivant de l’hôtel, un panneau indiquait que l’hôtel était fermé durant le temps des travaux. Je fus tout dépité, moi qui m’était préparé mentalement à m’arrêter. Et alors que je regardais mon téléphone, je vis qu’il ne me restait que 1% de batterie, donc pas assez pour faire quelques téléphones chez d’éventuels hôtes dans la région, ce qui m’obligea à reprendre ma route pour Merlingen comme un chien abattu. Je repris mes esprits et décidai de reprendre mon courage et de me lancer. Il était déjà tard et je ne devais pas traîner. Au bout de la jetée, où le bateau devait amarrer, un petit sentier m’indiquait qu’il fallait de nouveau grimper pour passer de l’autre côté pour enfin arriver à destination. La montée fut dure, longue et pénible et même si les paysages qui s’offraient devant moi étaient magnifiques, j’eu beaucoup de peine à en éprouver du plaisir car j’étais déçu de cet arrêt manqué. Je marchai encore une bonne heure pour arriver enfin à Merlingen. Quand je vis le prix des hôtels dans ce petit port, je décidai de prendre quand même le bateau comme convenu, en direction de Spiez, me disant que j’allais profiter de recharger les batteries de mon téléphone ainsi que les miennes par la même occasion. En arrivant, j’achetai mon ticket au guichet et embarquai.

Etant cuit par le soleil je décidai de rester à l’ombre dans le restaurant du bateau tout en me commandant une glace et en appréciant le paysage par les grandes fenêtres. Tandis que je laissai recharger mon téléphone, je sortis pour contempler le paysage et essayer d’avoir un peu d’air. Cela me fit le plus grand bien, alors que la voix du capitaine au téléphone indiquait Spiez dans 10 minutes. Je me mis sur les bancs à l’extérieur, profitant de cette jolie brise et de la couleur de l’eau, juste magnifique, perturbée par les clapotis du bateau. Le sifflet sonna pour annoncer son arrivée au port. Je rentrai dans le restaurant prendre mes affaires et me dirigeai vers la nacelle qui avait été entreposée entre le quai et le bateau, laissant descendre les passagers avant de continuer sa route en direction de Thun, alors que pour ma part je repris mon camino. Il m’amenait jusqu’au château et à l’église de Spiez. Un Bed & Breakfast était annoncé à une heure d’ici. Je pris mon téléphone et tombai sur le répondeur me demandant de laisser un message, que l’on me rappellerait tout soudainement. Il était déjà 18h et je devais me hâter pour ne pas arriver trop tard… Le camino me faisait passer à travers des vignes pas un chemin pentu. Je me disais qu’aujourd’hui je n’avais fait que monter et descendre durant tout mon parcours et que je commençais à en avoir un peu marre surtout que j’étais parti à 08h30 ce matin et qu’en gros cela faisait 10h que j’étais parti et que je n’étais pas encore arrivé…

Après une heure de marche douloureuse, j’arrivai enfin à la hauteur du Bed & Breakfast sans nouvelles de leur part. Une voiture était parquée devant, ce qui me semblait plutôt bon signe. Je m’avançai pour sonner à la porte mais aucune personne ne venait m’ouvrir… je repris mon téléphone et appelai à nouveau sans succès. Après cinq minutes d’attente mon téléphone sonna et là une femme me dit qu’ils n’étaient pas là pour quelques jours et qu’elle était désolée de ne pas m’avoir averti plus tôt. La malchance sonnait une deuxième fois, alors que la fatigue et la douleur dans mes jambes et mes pieds se faisait ressentir, je repris mon camino qui m’avait amené jusque là pour continuer jusqu’à Gwattegg. Un petit sentier passait derrière le B&B me conduisant dans un champ à herbes hautes pour arriver au village de Einigen sur la grande route goudronnée qui encore chaude de la journée se fit ressentir au niveau de la plante de mes pieds. Le soleil de face était agressif et me faisait presque mal que je devais baisser ma visière pour me protéger au maximum pour ne pas être ébloui. Quittant la grande route, je me dirigeai vers une route secondaire non loin du lac où je vis une dame ranger la terrasse d’un petit bistrot. Je lui demandai si je pouvais remplir ma bouteille d’eau et si elle pensait que je puisse trouver un endroit où dormir. Elle me dit qu’il y avait un camping à Gwatt, non loin de Gwatteg et que je risquais de trouver mon bonheur là-bas. Je la remerciai et repris mon chemin en recherchant sur internet le numéro du camping. Je tombai sur un répondeur qui me disait que la réception était ouverte jusqu’à 17h et il était 19h30 à ce moment là. Je me dis que, vu que c’était un camping, il devait bien y avoir quelqu’un sur place qui pourrait m’aider, aussi j’arpentai de nouveau la grande route bitumée me laissant deviner une très longue ligne droite avec Gwatt au loin. Le soleil et la chaleur me faisaient souffrir terriblement maintenant… alors que je rentrai gentiment dans la ville. Le camping était annoncé à 250 mètres qui me semblèrent durer une éternité… jusqu’à ce que j’entre enfin entre deux camping cars. Je m’avançai près de la réception et sonnai comme il était indiqué en cas d’absence ou d’urgence, mais personne ne répondait. Je vis une cantine non loin où je m’avançai. Les gens assis là, en train de manger, me dévisageaient comme si je venais d’un autre monde. C’était un peu ça me disais-je, après 12heures de marche et pas loin de 40 kilomètres parcourus!!! Je m’assis à mon tour et commandai une choppe de bière car j’étais exténué… La serveuse discuta avec moi et après lui avoir parlé de ma mésaventure, me montra du doigt le responsable du camping et me dit qu’elle allait lui toucher un mot et qu’il ne fallait pas m’inquiéter. Voyant mon sac et la coquille St-Jacques autour de mon cou, elle me demanda si je faisais le chemin de Compostelle et je lui répondis que oui. Là elle m’expliqua que son frère l’avait fait et qu’elle respectait énormément les pèlerins, ce chemin et tout ce qui allait autour. L’homme se leva après quelques temps et me dit de le suivre vers la réception. Je me levai pour payer ma bière et la serveuse me dit que ça lui faisait plaisir de me l’offrir. Je la remerciai en lui disant que j’allais venir manger là après. En arrivant à la réception, l’homme me dit que les chambres coûtaient 130 francs mais que cela devait être trop cher pour moi et il me proposa une place de camping pour une tente à 14 francs ce que j’acceptai même si je n’avais qu’un sac de couchage. Mais le fait de savoir que j’avais au moins un endroit où dormir me rassura. Je le remerciai et allai de nouveau en direction de la cantine pour commander à manger. Un homme me demanda s’il pouvait s’asseoir à côté de moi et nous discutâmes un sacré moment ensemble. Il était estomaqué du périple que je faisais et de la journée que j’avais passée. Il me dit qu’il vivait à Spiez l’année et que chaque été il venait déposer sa caravane au camping pour y passer toute la saison. Il me montra en photo ses deux amis du camping, deux canards qui avaient élu domicile devant sa caravane, pour qui il avait fabriqué un petit étang avec une grande bassine en plastique. Après cette dure journée j’étais heureux de rencontrer Urs, une personne avec autant de cœur et de soleil dans les yeux. Ce fut un très grand plaisir de discuter avec lui. Il me proposa même de passer à sa caravane pour m’offrir une bière mais je lui dis que j’étais très fatigué et que je risquais de ne pas tarder à aller me coucher. Nous nous saluâmes et après avoir payé mon verre, il s’en alla en me faisant signe de la main et en me souhaitant bon courage pour demain si on ne devait pas se revoir. De mon côté, je payai mon repas et me dirigeai en direction des douches avant d’aller chercher le numéro de ma place de camping, lampe frontale allumée. Il était 23h00 et la nuit commençait…