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A mon réveil en ville de Fribourg, mon petit déjeuner était préparé avec soin avec de petits post-it collés à gauche et à droite. Danièle m’avait même préparé un litre de thé froid maison pour ma route.

Après m’être douché et préparé, je me remis en route sur mon camino en direction de Autigny, dans le district de la Sarine. N’ayant plus de comprimé contre le rhume des foins je décidai de m’arrêter dans une pharmacie afin de ne pas être sujet à ce léger désagrément sur mon parcours. J’achetai également quelques sparadraps et produits pour soigner mes pieds qui avaient subi quelques douleurs et comme il me restait encore « quelques » kilomètres à parcourir, il fallait que je m’en occupe ou du moins que je surveille ça…

Une fois approvisionné, je me remis en route, déambulant dans les rues de Fribourg, retrouvant la Voie Jacobi par ses panneaux bleus et jaunes en direction de St-Jacques de Compostelle. Quittant peu à peu Fribourg, j’arrivai gentiment à Villars-sur-Glâne par un petit sentier de copeaux de bois joliment aménagé par la ville de Fribourg, m’amenant à l’entrée d’une forêt où un banc était installé. On pouvait lire sur une latte du banc « ouna vouêrbèta dè rèpou por lè brâvo pèlèrin ». En dessus de ce banc un panneau parlait de l’historique de la Croix de Saint-Jacques de 1470 à nos jours. Après avoir profité de l’occasion pour me désaltérer un peu, je rentrai dans la forêt et quelques mètres plus loin je vis un arbre qui était décoré d’une vierge dans un cadre et de quelques coquilles St-Jacques suspendues par des ficelles sur lesquelles des mots de pèlerins de passage étaient inscrits. Continuant ma route, j’arrivai, comme l’avaient laissé prétendre mes documents, à une double signalisation : une en direction de Payerne et l’autre en direction de Romont, deux parcours différents en direction de Compostelle.

Effectivement, sur le Chemin de Compostelle, vous pouvez avoir le choix de différentes variantes menant au même but. Sur Suisse, via la voie Jacobi ou Jakobsweg, vous avez les variantes suivantes :

  1. Départ de Rorschach ou de Constance avec comme même étape Rapperswill ;
  2. Camino de Lucerne ou de Interlaken par le lac des Quatre Cantons ;
  3. Camino de Payerne ou Romont depuis Fribourg.

Pour ma part, je décidai d’emprunter le camino pour Romont car je voulais profiter de mon épopée pour m’arrêter chez des personnes de cœur afin de partager un moment avec eux. Ayant déjà fait une bonne demi-heure de marche, les panneaux m’indiquaient une marche d’approximativement 6h20 jusqu’à Romont et j’insiste sur le « approximatif » car, comme dit auparavant, il faut toujours se méfier des indications horaires indiquées. Mieux vaut prévoir large que de se fixer sur ces indications. M’enfonçant dans la forêt, mon chemin me faisait passer par de petits sentiers surplombant un petit ruisseau jusqu’à un pont de style moyenâgeux, érodé par le temps et constitué de jolis pavés ronds. De l’autre côté était érigée une jolie petite chapelle du nom de Ste-Appoline, Appoline étant une diaconesse, martyrisée sous Dèce et décédée en l’an 249. Elle est souvent invoquée contre la rage de dent (cf. voir image ci-dessous). La Ste-Apolline est fêtée le 9 février.

Quittant la région de la Glâne, j’arrivai gentiment sur Posieux par de grands champs et clairières ombragées jusqu’à une statue en bois sculptée représentant un pèlerin marchant en direction de Santiago, lieu symbolisé par un rocher en face de la statue, rocher sur lequelle était peint « Camino de Santiago ». Ces sculptures étaient entreposées là, devant une maison qui abritait un monsieur qui avait un lien spécial avec le camino car toute la famille avait pratiquement fait le Chemin de Compostelle… à pieds, en vélo et même avec un âne. Monsieur Chatton mettait à disposition, gratuitement, du café et autres boissons pour les pèlerins de passage devant chez lui… noble attention me disais-je, en plus venant d’une famille de pèlerins.

Après cette petite pause riche en discussions et café, je me remis à marcher. Il me restait encore environ 5 heures de marche jusqu’à Romont. J’arrivai à la lisière d’une forêt sur Ecuvillens, forêt aménagée pour les promeneurs et les coureurs en recherche de nature et d’air frais de la région. Un large sentier me fit traverser cette magnifique forêt. J’y saluai deux ou trois promeneurs et coureurs ici et là pour arriver sur Farvagny-Posat à environ 1 heure de ma pause à Autigny. Farvagny est reconnu dans le canton de Fribourg pour être l’endroit où l’on mange les meilleurs « poulets au panier » et en ayant fait l’expérience par le passé, je peux vous dire qu’ils peuvent s’en vanter, c’est un régal. Traversant le petit village de Farvagny, j’arrivai à hauteur de la chapelle qui surplombe une fontaine décorée d’une coquille St-Jacques et dont l’eau est reconnue pour avoir des effets miraculeux sur les yeux. Après avoir laissé derrière moi cette fontaine miraculeuse, je longeai une clairière qui m’amena vers un pont assez moderne, en bois, séparant la commune de Farvagny de celle de Autigny par la Glâne. Une fois celle-ci traversée, mon camino me fit grimper jusqu’à de magnifiques champs me laissant découvrir la région. Au fur et à mesure de mas progression, je voyais se dessiner la maison de mes hôtes pour ma pause, Jacques ancien syndic de Autigny et son épouse Monique. Ils m’attendaient pour ma pause, Jacques pour faire un petit apéro et Monique, pour me préparer un plat de pâtes magistral. J’en fus très honoré et après avoir été rassasié, nous discutâmes quelques instants du chemin que j’avais parcouru, de mes rencontres, mes découvertes. Jacques m’indiqua où trouver le tampon dans l’église de Autigny quand j’y serai. J’ai passé un magnifique moment en leur compagnie et je tiens encore à les en remercier. Me remettant en route, Monique me dit qu’elle me retrouverait à l’église car elle devait s’y rendre également pour y entretenir une tombe de la famille, elle prenant sa voiture et moi mes bâtons. Ayant dit au revoir à Jacques, en le remerciant pour son accueil, je retrouvai quelques minutes après Monique à l’église munie d’un arrosoir, m’accompagnant à l’intérieur de l’église au tampon. Je sortis ma Crédenciale et le tampon la baptisa. Puis Monique m’indiqua où me diriger pour retrouver mon camino et après une accolade et un signe de la main, je la quittai pour continuer mon pèlerinage en direction de Romont.